Gokanosho: Une immersion authentique dans le Japon d'autrefois

Rédigé par Sandrine Publié le 10/10/2016

Quelque part dans la préfecture de Kumamoto, sur l'île de Kyûshû, se trouve Gokanosho, un minuscule village au coeur des montagnes boisées, niché à plus de 1700 mètres d'altitude. Voici une mystérieuse région, dont on parle peu, où se cache un Japon authentique, bien loin des grandes villes grouillantes de technologies.

Ce n'est qu'en 1959 que la zone a été rendue accessible par la route et l'électricité n'est arrivée que quelques années après. Aujourd'hui, seuls 350 habitants vivent encore ici dans une bulle préservée, loin de toute modernité, refusant de quitter leur région de coeur, et continuant ainsi à perpétuer les traditions ancestrales. Encore de nos jours, il n'est pas rare que le village soit coupé du monde en hiver, les routes étant trop enneigées.

C'est parti pour un saut dans le temps, à Gokanosho, à la rencontre de la nature et de ses habitants.

Premiers contacts

En mai 2015, nous avons eu la chance de pouvoir séjourner dans cette région si reculée. Nous avons été chaleureusement accueillis par Hajime et Tayoko Matsuaka, un couple de retraités formidables. Ils tiennent depuis près de 40 ans un Minshuku traditionnel, Heikeso (民宿 平家荘荘 ), et ne reçoivent que très rarement des touristes étrangers qui ne s'aventurent pas si loin des grandes villes.

Le couple avait tout d'abord refusé notre demande, de peur de ne pas être à la hauteur de l'accueil, ne pouvant pas communiquer avec nous. C'était la première fois qu'on leur demandait de recevoir des étrangers non accompagnés d'un guide japonais. Finalement, c'est grâce à l'aide précieuse de Schingo Hashizaki, le seul guide anglophone installé à Gokanosho avec sa famille, que nous avons été reçus. Grâce à des échanges par email, Schingo a accepté de convaincre le couple, malgré la barrière de la langue.

Quelques mois plus tard, nous nous rendions à Gokanosho ( 家荘荘 ).

Arrivée au village de Gokanosho

La longue route étroite et sinueuse serpente au coeur des montagnes boisées. Le trajet semble durer une éternité. Certaines portions sont justes assez larges pour laisser passer une petite voiture, mais heureusement, de nombreux miroirs ont été installés à chaque virage permettant de voir si un véhicule arrive dans le sens opposé.

Après environ une heure de route, nous arrivons enfin à Gokanosho. Le village est minuscule. On n'y trouve que le strict nécessaire: une station essence, un tout petit magasin attenant avec l'essentiel pour vivre et un relais de poste. Les quelques maisons sont dispersées dans les montagnes.

Malgré le GPS et une bonne préparation, le Minshuku Heikeso n'a pas été aisé à trouver car il se trouve à l'écart des habitations, assez loin du centre du village, et en contrebas d'une toute petite route.

Notre rencontre avec Hajime et Tayoko (Minshuku Heikeso)

A notre arrivée, nous avons été accueillis par Hajime, qui avait dû nous entendre arriver. Tout est tellement calme ici! Il s'est avancé vers nous en nous saluant. "Welcome" dit-il dans un anglais approximatif. Il nous fît alors signe de le suivre. Ce geste nous a beaucoup touché, car nous avons compris par la suite que nos hôtes avaient fait l'effort d'apprendre quelques mots d'anglais pour notre venue. Une manière encore de saluer l'incroyable hospitalité des japonais!

Nous longeons sur quelques mètres plusieurs bassins de pisciculture, jouxtant le torrent qui descend de la montagne. Nous apercevons alors les vieux bâtiments en bois du Minshuku, où Tayoko, sa femme, nous attend.

Les premiers échanges

Nous nous déchaussons et entrons dans leur demeure. Hajime s'éclipse alors et laisse Tayoko nous guider jusqu'à notre chambre. Au début, nous ressentions beaucoup d'appréhension car elle n'osait pas s'exprimer par timidité et avec la crainte que nous ne comprenions pas. Pour l'occasion, elle avait aussi appris quelques mots pour nous communiquer les horaires des repas. Mais la plupart des premiers échanges s'en tenaient à quelques salutations et sourires en guise de remerciement. Puis nous avons sortis notre arme redoutable: notre traducteur sur smartphone. Ainsi, nous avons pu traduire quelques phrases dans un japonais approximatif.

Tayoko a tout d'abord été surprise d'entendre le traducteur lui parler. Etant assez peu familière avec les nouvelles technologies, elle eu un moment d'hésitation. Avec beaucoup de tact, nous lui avons montré le fonctionnement de l'application, puis quelques instants plus tard, elle nous répondait, créant ainsi nos premiers vrais échanges.

Tayoko nous emmène alors découvrir les différentes pièces du grand Minshuku, ainsi que les bains chauds situés en contrebas de la rivière. L'endroit semble sorti d'un autre temps! Dans le jardin, les glycines en fleurs teintent de violet ce havre de paix, baigné par le frémissement du torrent qui s'écoule paisiblement.

Nous prenons le temps de nous installer. Tayoko nous sert le thé, puis nous profitons des bains jusqu'à l'heure du repas.

Un diner émouvant

Vers 18h30, nous entrons dans la salle de repas, qui est constitué d'une grand feu central. Tout est en bois. Des bancs permettent de nous assoir autour du feu qui a été allumé pour l'occasion.

Une feuille de papier était sur notre plateau. Il s'agissait du menu, détaillant la multitude de plats que nous dégusterons. Bien sûr, nous ne sommes pas capable de lire les caractères japonais, mais nos hôtes nous avaient fait la surprise d'inscrire quelques mots en anglais sur le menu pour nous remercier. L'orthographe nous a fait sourire, et ce geste nous a beaucoup touché.

Puis, les plats sont arrivés, et la difficulté résidait cette fois dans le fait de comprendre les ingrédients que nous allions savourer. Et avec beaucoup d'enthousiasme nous avons joué aux devinettes avec Tayoko, à l'aide de mimes et de mots japonais et anglais. Heureusement, nous connaissions le BA-BA des mots japonais de la cuisine, ce qui nous a bien aidé pour comprendre. Nous avions aussi un dictionnaire simplifié sur notre smartphone, ce qui nous permettait aussi de poser des questions.

Peu à peu, nos échanges devenait plus complexes. Même si la communication n'était pas aisée, nous arrivions à nous comprendre et les discussions ont pu devenir plus intéressantes. Nous avons alors souhaité en savoir plus sur eux, sur leur mode de vie et ce qui les poussaient à rester vivre ici. Une discussion très émouvante s'en est suivie.

Tayoko est parti chercher Hajime pour qu'il nous explique son histoire. Hajime nous raconte alors qu'il a voulu suivre les traces de son père et qu'il avait toujours aimé vivre ici. Tayoko nous raconte qu'elle vivait en ville lorsqu'elle était jeune, puis lorsqu'elle a rencontré Hajime, elle l'a suivi à Gokanosho. Ils ont toujours vécu ici, dans cette maison. Ils avouent que ce mode de vie n'est pas tous les jours facile, mais qu'ils sont amoureux de cet endroit, de la nature et que pour rien au monde ils ne retourneraient en ville.

Aujourd'hui, ils servent en repas les ingrédients qu'ils trouvent à proximité. Ils ont un petit élevage de poissons, chassent les animaux de la forêt avec des pièges, cueillent et cultivent les végétaux. C'est une vie que l'on envie parfois, loin des tracas et du stress quotidien de la ville. Ce qui est sûr, c'est que Hajime et Tayoko dégagent une immense joie de vivre!

A chaque nouveau plat nous abordons un nouveau thème. Nous leur montrons les photos de notre pays, de notre maison. A chaque fois ils semblent émerveillés et surpris.

Puis Tayoko nous cite le nom de Paul McCartney et de sa célèbre chanson: Yesterday. On comprend alors que ce titre lui tient à coeur. Alors Flo commence à chantonner les premières paroles de la chanson.

Yesterday all my troubles seemed so far away.
Now it looks as though they're here to stay.
Oh, I believe in yesterday.

Un peu timide, Tayoko murmure quelques mots. Alors je cherche sur mon téléphone la chanson que nous avions dans notre répertoire et j'appuie sur la touche de lecture. Au son des premières notes, Flo et Tayoko se laissent alors emporter par l'émotion et entonnent ensemble les premières paroles. Pendant quelques secondes, l'émotion monte, puis les larmes nous viennent aux yeux, à tous les 3.

Jamais nous n'aurions pensé vivre et partager de tels moment malgré la barrière de la langue. Cela fait partie des moments que l'on aurait aimé filmer pour ne jamais les oublier, mais on sait qu'ils resteront à jamais gravés dans notre mémoire.

Surprise après le petit-déjeuner

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, Hajime vient nous chercher pour nous montrer quelque chose. Il avait sorti de son garage un vieux Toyota Land Cruiser qu'il garde précieusement depuis plus de 40 ans. Fièrement, il voulait nous montrer cette voiture si chère à ses yeux. L'un des derniers témoignages du passé qui fonctionne encore. Il allume le moteur et nous montre qu'elle tourne toujours.

Il est vraiment heureux de nous faire partager ce moment. Même si nous n'échangeons que peu de mots, nous arrivons à nous comprendre juste avec nos gestes et nos regards. Une histoire de plus qui restera gravée dans nos mémoires.

L'heure du départ

Avant de repartir, nous offrons à nos hôtes une barre de nougat que nous avions ramené de France pour les occasions comme celle-ci. On savait bien que les japonais refusent de recevoir un cadeau sans en offrir un à leur tour. Alors Tayoko est partie farfouiller dans sa réserve, un peu prise au dépourvue. Elle revient quelques minutes plus tard avec 2 petits porte-clés lumineux en guise de remerciement.

Les adieux sont émouvants, nous avons du mal à nous quitter. Même si nous ne parlions pas la même langue, cette rencontre aura été la plus touchante que nous ayons faite pendant ce voyage. Nous n'oublierons jamais ce couple formidable qui nous a reçu avec une extrême générosité.

Quelques liens et remerciements

  • Nous ne pouvions écrire cet article sans remercier Hajime et Tayoko pour leur formidable accueil.
  • Si vous êtes intéressés par cette région reculée, nous vous conseillons ce très beau documentaire qui a été réalisé à Gokanosho par Griffith Film School. La thématique principale aborde le dépeuplement du village et ses habitants qui tentent d'y garder un maximum de vie. Vous y trouverez de beaux témoignages, dont ceux de Hajime et Tayoko: https://vimeo.com/117547859
  • Si vous souhaitez visiter la région avec un guide (anglophone), nous vous recommandons Schingo Hashizaki, qui nous a chaleureusement aidé (bénévolement) pour la préparation de notre venue. Il propose également des visites guidées de la région. Il se fera un plaisir de vous aider à préparer votre séjour et faire connaître son village qu'il aime tant.

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Commentaires
3 Commentaires
  1. Author avatar
    Map & Fork
    18/05/2017

    Wow super expérience! Puis-je vous demander comment vous avez trouvé cet hébergement si unique?

    • Smartrippers avatar
      Smartrippers
      18/05/2017

      Oui, c'était une expérience fantastique avec des hôtes très attentionnés! Il existe un site internet en japonais pour effectuer les réservations auprès de l'office de tourisme local, mais comme personne ne parle anglais, mieux vaut passer par Schingo Hashizaki, qui je crois, doit être le seul à parler l'anglais dans le village! Voici son email: schingo.tk@gmail.com et son site internet: https://gokanosho.com/ C'est lui qui nous avait mis en relation à l'époque. N'hésitez pas à lui dire que vous venez de notre part :)

    • Author avatar
      Map & Fork
      18/05/2017

      Merci beaucoup, si jamais on ira au Japon un jour on gardera ce contact précieusement :-)

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