Yellowstone par -7°C: quand le camping vire au cauchemar

Rédigé par Sandrine Publié le 08/02/2018

Je publie plutôt rarement des récits de nos aventures, mais certains moments peuvent valoir le coup d’être racontés, comme cette nuit là à Yellowstone, début octobre 2017. Je me dis que cela pourra servir à celles et ceux qui comme nous, ont parfois trop confiance dans leurs méthodes et la qualité de leur matériel, et pensent que « ça ira ». C’est aussi ce que l’on pensait avant d’avoir tenté l’expérience camping cette nuit là.

Mais commençons par le commencement. Nous sommes le 3 octobre 2017. Nous sommes arrivés depuis déjà 6 jours aux USA à l’occasion de notre 7ème voyage sur le sol américain. Nous avons débuté notre séjour par le Nevada, puis l’Utah où nous nous étions déjà bien acclimatés aux températures encore très chaudes pour la saison, dépassant largement les 30°C le jour et les 18°C la nuit. Puis nous avons décidé de mettre le cap vers le nord en direction des parcs nationaux de Grand Teton et Yellowstone que voulions visiter une nouvelle fois.

Pour ce voyage, nous n’avions pas prévu d’itinéraire, mais juste de suivre notre instinct et nos envies. Pour cela nous avons emporté tout notre matériel de camping, celui que nous avions utilisé en Islande en juillet 2016. Avec ça, nous pensions être bien équipés pour bivouaquer en pleine nature début octobre aux Etats-Unis et nos premières nuits ont été plutôt douces. Mais c’était sans compter sur la rudesse du climat qui nous attendait dans le Wyoming.

Installation au camping

Nous revoilà donc à notre soir du 3 octobre. Nous venons de passer la journée à Grand Teton et continuons de remonter la route vers Yellowstone. Le ciel est dégagé et la nuit s’annonce claire. Le thermomètre descend doucement, frisant les 0°C.

Nous décidons de nous installer au camping de Lewis Lake, au sud de Yellowstone. Il s'agit d'un camping dit "primitif" avec juste des toilettes naturelles, des emplacements délimités, une table de pique-nique, un foyer pour le feu et un caisson anti-ours. L'eau a été coupée à cause du gel, donc nous devrons puiser dans nos jerricanes que nous prenons toujours soin de remplir dès que nous trouvons un point d’eau.

Le camping est très sympa, les emplacements sont assez loin les uns des autres et disséminés sous les sapins. Nous trouvons rapidement de la place car le camping est loin d'être plein en cette saison. Nous payons nos 15$ dans l'urne à l'entrée et nous nous installons.

Flo commence par monter la tente dont le format sort visiblement du standard américain et n'entre pas dans le carré réservé à cet effet. Il lui faudra de la patience et un peu de force pour planter les sardines renforcées dans les rondins de bois! De mon côté, je pars à la recherche de bois pour allumer un feu car la soirée s’annonce glaciale. La météo nous indique que le thermomètre descendra jusqu’à -7°C au petit matin! Nous avions d’ailleurs hésité à passer la nuit à la belle étoile car nos duvets sont indiqués Comfort 0°C / Limit -5°C. Nous avons déjà dormi avec 2°C mais jamais en dessous. A ce moment là, on pense que pour 2 degrés d’écart, « ça ira ».

Autour de l’emplacement la neige est encore bien présente avec une belle couche de 10 cm dans les endroits à l’ombre. Il faut dire qu’il a beaucoup neigé les jours précédant notre arrivée. D’ailleurs des animaux (probablement des orignaux ou des biches) sont sans doute passés il y a peu car des traces de pattes sont bien visibles tout près de notre tente. C’est quand même une belle opportunité que de dormir en pleine nature avec les animaux si près de nous!

Malheureusement avec toute cette neige, je n’arrive pas à trouver du bois sec. Je ramasse tout ce que je peux et le met dans le foyer en espérant que le feu prendra.

Nous sommes maintenant installés. Comme le soleil n'est pas encore couché, nous décidons de partir profiter des dernières lueurs du soleil au bord de la Snake River juste à côté du camping, pour tenter d'observer les orignaux au crépuscule. Nous trouvons un emplacement fort sympathique au bord de la rivière, mais hélas aucune faune ce soir.

Nous retournons au camping à la tombée de la nuit. C'est là que nos ennuis vont débuter.

Tentatives désespérées et désillusions

Maintenant que le soleil nous a quitté, la température dégringole et il commence à geler. Nous nous dépêchons d’allumer le feu pour nous réchauffer un peu. Flo commence par allumer les brindilles, mais cela ne suffit pas à faire prendre le bois. Alors nous essayons toutes les alternatives que nous avons sous la main: nos journaux, les pommes de pain, un carton qui restait dans le casier à ours... Rien n’y fait, impossible de faire prendre le gros bois qui est trop humide.

Du coup nous employons la manière forte et tentons d'utiliser notre réchaud à gaz pour faire prendre le bois. Pendant 10 minutes, Flo essaye de faire sortir d’humidité des grosses branches pour qu’elles sèchent un peu, mais en vain, les braisent s’éteignent au bout de quelques secondes à peine.

A force de tentatives ratées et attisées par le vent, les braises s’en prennent à lui et viennent se poser sur ses chaussures. Le temps de s’en apercevoir, il est trop tard. La surface en GoreTex est brulée et des trous apparaissent. Ca en est trop pour Flo qui jette l’éponge.

Après toute cette énergie passée à allumer le feu depuis de longues minutes, je ne peux me résigner à arrêter là. Je prends alors le relais et tente à mon tour de réanimer les faibles braises. Je continue d’y croire et persiste pendant encore 10 bonnes minutes, mais il faut se rendre à l’évidence, nous n’y arriverons pas, en tout cas, pas ce soir.

C’est avec une énorme amertume que nous abandonnons le foyer qui s’éteint rapidement, regardant le groupe d’en face qui semble passer un bon moment autour de leur feu bien vif...

Nous mangeons rapidement car nous sommes congelés. Il doit faire -2°C. Je pense également à cuire des oeufs durs pour le lendemain midi. Je les mets à chauffer pendant que nous rentrons dans la voiture, le chauffage à fond pour nous réchauffer. Nous avons gardé les duvets avec nous pour leur donner un peu de chaleur afin que le début de la nuit soit un peu moins froid. Nos voisins ont visiblement fait pareil et nous avons l’impression qu’ils hésitent à dormir dans leur voiture.

Hypothermie et insomnie sous la tente

Vers 21h30 nous tombons de fatigue, alors nous prenons nos duvets et tout ce qui peut nous tenir chaud et courons nous réfugier sous la tente pendant que nos corps et nos duvets sont tièdes. Au passage, je retire les oeufs du réchaud et je place la casserole avec les oeufs qui trempent encore dans l'eau chaude directement dans le caisson à ours. Il fait trop froid, et je me dis que je viderai l’eau de la casserole le lendemain matin.

Dans la tente, tout est glacé. Je me dévêtis et ouvre rapidement le duvet encore tiède et m’installe dedans. Je m'emmitoufle comme je peux, faisant juste ressortir le bout du nez pour respirer. Hélas, la chaleur du duvet ne reste pas longtemps, tant la température extérieure est froide. Alors pour me réchauffer, je commence à frictionner à vive allure mes bras et mes jambes pour créer un peu de chaleur.

Les minutes passent et Flo s'endort. Ah, les hommes ont de la chance d'avoir plus chaud que nous! De mon côté, impossible de fermer l’oeil, j'ai vraiment trop froid. J'enfile alors mes vêtements techniques que j’avais emporté au cas où. Au bout de 10 minutes, je grelotte à nouveau. Je suis maintenant obligée de me recroqueviller dans mon duvet et me frotter les jambes toutes les 10 minutes pour ne pas finir en hypothermie. J’essaye tant que je peux de me coller à Flo pour que son duvet me tienne chaud, mais à part le réveiller, ça ne fait pas grand chose.

Après plus d’une heure à tenter de m’endormir, je songe à aller me réchauffer à la voiture. Mais nous avons un gros 4x4 et le moteur réveillerait tout le camping. Alors je patiente.

Les minutes passent et deviennent insupportables. Je n'arrive pas à m’endormir profondément. J’ai l’impression de faire des micros sommeils tant je suis fatiguée, mais le froid vient systématiquement me rappeler à l’ordre au bout de quelques minutes. Je dois alors me réchauffer le corps en frottant mes jambes et mes bras à intervalles réguliers.

Les heures passent. Minuit, 1h, 2h, 3h... je ne dors pas, j’ai trop froid.

Jamais une nuit ne m'a semblé aussi longue. J'ai l'impression de luter pour ma survie. Dehors, il fait maintenant -7°C, les prévisions étaient bonnes. Quelle mauvaise idée nous avons eu d'utiliser les duvets au dessous de leur limite.

Vers 3h du matin Flo se réveille. Il est maintenant congelé. Il en a marre et décide de tout de même se rendre à la voiture pour se réchauffer. Mentalement je n'arrive pas à le suivre, je n'ai pas le courage d'affronter le froid et m'habiller dans l’air glacé pour regagner la voiture pendant seulement quelques minutes. Et puis je pense aux autres personnes qui dorment et qui vont être réveillées. Du coup je ne le rejoins pas et reste recroquevillée dans mon duvet gelé, toujours sans dormir.

Flo allume la voiture. Le bruit est assourdissant dans la nuit. Avec le calme qui règne, même les ours ont dû être réveillés! Malheureusement le bruit du moteur, qui doit être aussi gelé, ne diminue pas même après plusieurs minutes, c’est un vrai bruit de camion. Ca y est tout le camping doit aussi être réveillé et nous détester par la même occasion! J'ai honte, surtout qu’à la longue, le bruit devient vraiment insupportable.

Après 15 minutes passées dans la voiture, Flo éteint le moteur et me rejoint sous la tente. Le calme revient dans le camping. Il est un peu réchauffé et essaye de m’en faire profiter. Il arrive à se rendormir rapidement, et moi, toujours pas...

La fin d’un cauchemar

A 5h30 j'en ai trop marre. Je réveille Flo et on se dépêche de sortir de la tente à la lueur de nos lampes frontales. On s'active ce qui nous réchauffe un peu. On range tout en vitesse. J'ouvre le caisson à ours pour récupérer la casserole avec les oeufs durs. Stupéfaction! Il a fait si froid que toute l'eau a gelée et les oeufs sont pris au piège dans la glace. Je me sens bête tout d'un coup!

A 6h00 nous remettons la voiture en marche et quittons le camping pour ne pas faire de bruit. Il fait encore nuit et nous nous stationnons à l'écart. Nous positionnons le chauffage à fond. Que ça fait du bien!

Enfin nos corps se réchauffent et le ciel s'éclaire. Il fait beau, une nouvelle journée commence à Yellowstone, tournant la page de cette nuit cauchemardesque…

Conseils et erreurs à éviter

Avec le recul nous avons fait de belles erreurs. Il faut savoir que les températures indiquées sur les duvets sont trompeuses. Les nôtres étaient des « Deuter Orbit -5°C ». On pourrait penser qu’ils sont efficaces jusqu’à -5°C. Hors, c’est toujours la température de limite qui est indiquée et jamais celle de confort, dont le nom est d'ailleurs trompeur.

En réalité, nos duvets étaient conçus pour être performant jusqu’à 0°C, et encore, si l’on est pas frileux. La température de limite indique le seuil à ne pas dépasser car au delà, il peut y avoir un risque pour la santé! Et clairement, en dépassant cette limite de 2°C, il y avait donc un réel risque pour nous. On vous recommande donc de ne jamais dépasser la limite de "confort".

Il y a aussi quelque chose qui aurait pu nous aider, mais auquel nous n'avions pas du tout pensé! Nous emportons toujours une couverture de survie avec nous, et pour une fois elle aurait pu nous servir pour gagner quelques degrés. Dans le feu de l'action, nous n'avons même pas eu la présence d'esprit de l'utiliser.

Concernant le feu, nous étions également trop confiants dans notre capacité à faire bruler du bois mouillé. Après coup, si vous devez camper aux USA, sachez que vous trouverez dans toutes les supérettes et stations-essence des buches prévues pour les feux de camps. Les américains en sont friands et le paquet d’environ 7/10 buchettes est généralement vendu 6$, ce qui est loin d’être onéreux.

Avoir toujours du bois sec avec soi est une garantie de pouvoir allumer un feu dans n’importe quelles conditions, surtout dans les zones protégées où il est interdit de ramasser du bois.

On espère que vous ne ferez pas les mêmes erreurs et que vous éviterez de telles galères! Le camping sauvage nécessite d’être bien préparé et équipé du matériel adéquat. Surtout n’hésitez pas à bien vous renseigner avant de partir!

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Commentaires
8 Commentaires
  1. Author avatar
    Valerie @EnvieVoyages
    20/02/2018

    C'est toujours très intéressant de lire les mésaventures des uns et des autres. Je suis impressionnée par la prise au gel de vos oeufs durs... J'imagine vraiment vos têtes après la nuit vécue.

    • Smartrippers avatar
      Smartrippers
      23/02/2018

      C'est sûr qu'on avait pas bonne mine ;) A 15h30 le lendemain on s'est effondré à l'hôtel pour récupérer ;-) Heureusement, ça nous a reboosté pour la suite!

  2. Author avatar
    Ophélie G.
    13/02/2018

    Je trouve ça toujours intéressant quand les blogueurs racontent leurs mésaventures ! En tout cas, vous avez géré malgré tout... Je n'aurais jamais été mentalement assez forte pour survivre au froid ! xx

    • Smartrippers avatar
      Smartrippers
      15/02/2018

      Je suis certaine tu aurais survécue ;-) Dans ce moments là, on passe en mode survie et on devient d'un coup beaucoup plus forte! Au final, le mauvais souvenir est passé mais j'avoue que je n'aimerais pour rien au monde le revivre!

  3. Author avatar
    Mathilde
    11/02/2018

    J'ai fais la même erreur. Alors il ne faisait pas -7°c mais autour de 0°C (c'était fin juin donc l'été) et mon duvet était 5°C confort, 0°C limite. J'avais même pas pensé qu'à Yellowstone il pouvait faire froid en été (le jour c'est ok mais comme c'est en altitude, dès que le soleil se couche, on se les pele un max) Les degrés limite, c'est vraiment limite de chez limite, je m'en suis rendue compte à mes dépends. J'ai pas eu aussi froid que vous mais je me souviens avoir enchainé 2 nuits sans quasiement fermé l'oeil. J'avais tous mes vetements, un bonnet et je me suis réveillée de froid sans pouvoir me rendormir au milieu de la nuit. On avait encore 3 nuits à tenir et je ne sais pas si c'est car on a changé de camping (on est passer du lac à Norris, c'était peut etre moins humide) ou si la température s'est un peu améliorer (1 ou 2 degré de plus mais c'était pas non plus la canicule) et on a réussi à tenir le séjour. J'avoue qu'à un moment je savais pas trop comment on allait finir le voyage vu que tous les hôtels étaient pleins (et puis on avait de toute façon pas de réseau pour en trouver). J'ai retenu la leçon, faut pas rigoler avec la température limite !

    • Smartrippers avatar
      Smartrippers
      12/02/2018

      Bonjour Mathilde, on se sent moins seuls avec cette mauvaise expérience ;-) A Norris il me semble que le sol est un peu plus chaud car la zone est plus active. C'est sûr que 2 ou 3 degrés de plus ça n'a l'air de rien, mais dans le duvet, ça change tout! En tout cas, mieux vaut ne pas se fier à la température de limite. Heureusement que pour nous c'était la basse saison et que nous avons pu trouver 2 hôtels pour les nuits suivantes, mais c'était sans compter le prix exorbitant des chambres :-(  Pour le réseau GSM, nous avons dû aller à Old Faithful où nous avons réussi à capter difficilement un wifi gratuit, grâce à ça on, on pu faire nos réservations, sinon on était bon pour sortir du parc! Quelle aventure!!

  4. Author avatar
    MILLA
    09/02/2018

    Retour d'expérience vraiment intéressant ! Je m'étais bien pris la tête l'an dernier pour choisir mon duvet justement à cause des températures indiquées qui sont très trompeuses ! Le plus grave, c'est que les vendeurs ne sont pas forcement au courant ! J'ai appris par ailleurs que c'était une norme qui leur imposait de mettre les températures, car avant les gens partaient avec des sacs sans savoir s'ils étaient suffisants ou pas, et il y a eu des accidents. D'ailleurs j'ai aussi lu que pour les femmes la température de confort étaient en fait la t° limite ... je me souvient d'une nuit en été dans le Luberon où j'avais eu très froid car mon duvet decat n'était adapté que pour dormir en intérieur, je ne pensais pas qu'il y aurait une telle différence !

    • Smartrippers avatar
      Smartrippers
      09/02/2018

      Merci! C'est vrai que quand on voit l'épaisseur et le confort du duvet, on pense qu'il nous réchauffera comme il faut. Tu m'étonnes qu'il y ait eu des accidents avant! Mais c'est aussi sans compter sur les fabricants qui ont tout de même tendance à jouer un peu avec les chiffres pour nous vendre du rêve. Je trouve que c'est vraiment limite, surtout pour les femmes. Je te rejoins sur le fait que la température de confort équivaudrait à la température de limite pour nous! Résultat, pour dormir avec -10°C il faut prendre un -10°C confort et ça n'est malheureusement plus le même prix (ni épaisseur)!

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